Trondheim est souvent sous-estimée par les expatriés qui ne connaissent que Bergen et Oslo. Pourtant, pour les professionnels de l'académique, de la tech et du maritime, cette ville universitaire millénaire est l'une des meilleures destinations de Norvège. Voici un bilan complet et honnête des avantages et des inconvénients de Trondheim pour un expatrié francophone en 2026.
Les avantages de vivre à Trondheim
1. NTNU : la porte d'entrée idéale pour les profils académiques
La Norges teknisk-naturvitenskapelige universitet (NTNU) est, pour les chercheurs et professeurs internationaux, l'un des meilleurs arguments en faveur de Trondheim. La plus grande université de Norvège (43 000 étudiants, 7 000 employés) recrute constamment des postdocs, chercheurs et professeurs du monde entier. Les annonces sont publiées en anglais, les laboratoires fonctionnent en anglais, et l'institution accompagne très bien les nouveaux arrivants internationaux.
Pour un chercheur francophone en ingénierie, informatique, sciences naturelles ou médecine, NTNU offre des conditions de travail exceptionnelles : équipements de pointe, collaborations industrielles (SINTEF, Kongsberg, Equinor), salaires corrects et cinq semaines de congés. L'intégration sociale est facilitée par la taille de la communauté internationale de la NTNU.
2. SINTEF : la recherche industrielle de classe mondiale
SINTEF est le plus grand institut de recherche industrielle de Scandinavie. Son siège à Trondheim, en symbiose avec la NTNU, crée un pôle de recherche appliquée unique en Scandinavie. Pour un ingénieur ou chercheur qui veut combiner rigueur académique et impact industriel concret, SINTEF est une destination rêvée. L'anglais y est courant, l'environnement international, et les projets sont souvent d'envergure européenne ou mondiale.
3. Kongsberg et Equinor : l'industrie high-tech au rendez-vous
Contrairement à Bergen (aquaculture) ou Oslo (finance), Trondheim a un profil tech/défense/énergie très marqué grâce à Kongsberg (défense, maritime) et Equinor R&D. Pour un ingénieur en systèmes embarqués, en automatisation navale ou en technologies énergétiques, Trondheim offre des emplois de haute technologie dans des entreprises de référence mondiale — avec des salaires compétitifs.
4. Moins cher qu'Oslo et Bergen
Trondheim est la moins chère des grandes villes universitaires norvégiennes pour le logement. Un T2 dans un quartier central coûte 10 000 à 14 000 NOK/mois, contre 14 000 à 18 000 NOK à Oslo ou 13 000 à 17 000 NOK à Bergen. Pour un postdoc ou un chercheur NTNU/SINTEF au salaire plafonné par les grilles universitaires, cet écart de coût est significatif en termes de pouvoir d'achat réel.
La ville est également moins chère que Bergen pour les transports, les loisirs et les services. L'abonnement bus mensuel (AtB) est inférieur à celui de Bergen.
5. L'ambiance étudiante : une ville perpétuellement jeune et internationale
Avec un étudiant pour cinq habitants, Trondheim a une énergie unique. Les cafés, bars et restaurants autour du campus NTNU (Gløshaugen) et du quartier de Studentersamfundet sont animés du lundi au dimanche. La ville est cosmopolite, ouverte, et il est naturel d'y parler anglais dans la vie quotidienne. Pour un expatrié arrivant seul, c'est un environnement social beaucoup plus accueillant qu'une ville industrielle ou une banlieue.
Le Studentersamfundet (la maison de l'étudiant) est l'institution sociale centrale de Trondheim — concerts, débats, bars, théâtre, clubs de toutes sortes. Même les non-étudiants y sont les bienvenus.
6. Nidarosdomen et l'histoire vivante
Habiter à Trondheim, c'est vivre avec l'histoire au quotidien. Nidarosdomen, la cathédrale gothique la plus septentrionale du monde, se dresse au centre de la ville comme un rappel permanent de mille ans d'histoire norvégienne. Le palais de l'archevêque voisin, le vieux quartier en bois de Bakklandet, la rue piétonne Nordre gate — Trondheim est une ville dans laquelle le passé est présent sans être muséifié.
Le pèlerinage de Saint-Olav, la cérémonie annuelle du 29 juillet (fête nationale locale) et l'Olavsfestdagene (festival médiéval) font de l'histoire une expérience vivante pour tous les résidents.
7. L'ascenseur à vélos Trampe : la ville la plus cyclable de Norvège
Le Trampe est plus qu'une curiosité touristique : il est le symbole de l'engagement de Trondheim pour le vélo en ville. Le réseau de pistes cyclables est l'un des plus développés de Norvège. La ville a été pilote pour les vélos d'hiver (pistes déneigées en priorité) et dispose de nombreuses installations pour les cyclistes (stationnement sécurisé, réparation). Pour un expatrié cycliste, Trondheim est un paradis nordique.
8. Le Trondheimsfjorden : nature accessible
Le Trondheimsfjorden (130 km, troisième fjord de Norvège par la longueur) est directement accessible depuis le centre-ville. Moins vertigineux que les fjords de Bergen, il est plus accessible pour les activités nautiques : kayak, baignade (en été!), pêche, croisières locales. En hiver, les rives du fjord offrent des paysages de glace et de neige d'une beauté austère.
9. Qualité de vie norvégienne : le standard le plus élevé du monde
Comme toute grande ville norvégienne, Trondheim bénéficie du système social le plus protecteur du monde. St. Olavs Hospital (hôpital universitaire intégré au campus NTNU) est un établissement de pointe. Les écoles sont excellentes. La sécurité est exceptionnelle. Le congé parental (49 semaines à 100% de salaire) est le plus généreux de la planète.
Les inconvénients de vivre à Trondheim
1. L'hiver : long, froid et sombre
C'est sans doute le plus grand défi de Trondheim pour un expatrié francophone. Située à 63° Nord (même latitude que l'Alaska), Trondheim connaît des hivers significativement plus rudes que Bergen ou Oslo :
- Température moyenne janvier : -4°C à -8°C (avec des pics à -15°C à -20°C)
- Durée du jour en décembre : 5 à 6 heures de lumière naturelle
- Neige : de novembre à mars, parfois jusqu'en avril
- Durée effective de l'hiver : 5-6 mois (novembre-avril)
Le trouble affectif saisonnier (TAS) est une réalité documentée pour de nombreux expatriés venant de latitudes plus méridionales. Les lampes de luminothérapie, la vitamine D, l'activité sportive (ski, natation) et la vie sociale active sont des contremesures essentielles.
L'envers positif : Trondheim en hiver est aussi magnifique — neige fraîche, aurores boréales visibles lors des hivers froids, stations de ski à 30-45 minutes (Vassfjellet, Oppdal), patinage sur les parcs gelés. Les Norvégiens ont une philosophie du "il n'y a pas de mauvais temps, seulement des mauvais vêtements" qui aide à apprécier l'hiver.
2. Loin d'Oslo : 6h30 de train
Trondheim est à 6h30 de train d'Oslo (Dovrebanen) — une distance psychologique et pratique significative. Les vols Oslo-Trondheim (1h, plusieurs fois par jour) compensent partiellement, mais à un coût non négligeable (400-1 200 NOK selon l'avance). Pour les expatriés qui doivent voyager fréquemment pour le travail ou rejoindre l'aéroport de Gardermoen (hub international), l'isolement relatif de Trondheim peut être contraignant.
3. Le dialecte trøndersk : une langue dans la langue
Le trøndersk (dialecte de la région du Trøndelag) est considéré par les Norvégiens eux-mêmes comme l'un des dialectes les plus difficiles à comprendre de Norvège. Sa mélodie, ses intonations et certains mots spécifiques en font une langue presque à part pour les apprenants du norvégien standard (bokmål). Dans les milieux universitaires et professionnels internationaux, l'anglais et le bokmål sont dominants — mais dans les commerces, les quartiers résidentiels et la vie quotidienne, le trøndersk peut dérouter un expatrié qui pensait maîtriser le norvégien après des cours en ligne.
4. Marché de l'emploi privé moins diversifié qu'Oslo
Si vous n'êtes pas dans l'académique, la tech, la défense ou la santé, le marché de l'emploi trondheimois est nettement plus limité qu'à Oslo. Les grandes multinationales (finance, conseil, médias) sont quasi-absentes. Trondheim n'a pas l'écosystème startup développé d'Oslo. Pour un profil commercial, marketing ou financier sans lien avec la tech ou l'université, la ville offre peu d'alternatives.
5. Marché de l'emploi concentré autour de NTNU et de la tech
Paradoxalement, la force de Trondheim (NTNU) peut aussi être une faiblesse : si vous n'obtenez pas de poste à la NTNU, SINTEF, Kongsberg ou Equinor, les alternatives de niveau équivalent sont rares. La ville n'est pas généraliste — elle est excellente dans ses domaines de force et absente dans les autres.
6. Connections aériennes internationales moins développées
L'aéroport de Værnes (TRD) est à 35 km du centre et propose moins de liaisons directes internationales que les aéroports d'Oslo ou de Bergen. Pour rejoindre la France directement, les options sont limitées — il faut souvent passer par Oslo ou Copenhagen. Cela rend les retours en France plus longs et plus coûteux.
Bilan : Trondheim est-elle faite pour vous ?
Trondheim vous conviendra si vous :
- Êtes chercheur, postdoc, professeur ou ingénieur de recherche (NTNU, SINTEF)
- Travaillez ou souhaitez travailler dans la tech maritime, la défense (Kongsberg) ou l'énergie (Equinor R&D)
- Aimez les villes étudiantes vivantes, ouvertes et internationales
- Êtes à l'aise avec un hiver long (et prêt à faire du ski!)
- Cherchez une qualité de vie norvégienne au coût le plus bas possible parmi les grandes villes
Trondheim sera difficile pour vous si vous :
- Avez besoin d'un marché de l'emploi généraliste et diversifié
- Ne supportez pas les longues nuits et les températures négatives
- Devez voyager fréquemment vers des destinations internationales
- Cherchez la grande ville animée toute l'année (les étudiants partent juillet-août — la ville se vide)
Trondheim est une ville qui se mérite : ceux qui s'y adaptent et y trouvent leur place en font souvent leur coup de cœur absolu en Norvège. L'alchimie entre histoire millénaire, innovation technologique et culture étudiante est unique dans le pays.
Ressources utiles :
- NTNU international : ntnu.edu/international
- SINTEF : sintef.no
- Trondheim kommune : trondheim.kommune.no
- Météo yr.no : yr.no/place/Norway/Trøndelag/Trondheim/
- Communauté francophone : "Français à Trondheim" (Facebook)



