Et si la ville la plus crainte de France était en train de changer de visage ?
Quand on tape « sécurité à Marseille » sur Google, on s'attend à un festival de mauvaises nouvelles. Règlements de comptes, narcotrafic, quartiers « interdits »… Les clichés ont la vie dure. Pourtant, les chiffres les plus récents racontent une histoire plus nuancée — et parfois surprenante.
Baisse de la délinquance globale, doublement des caméras de surveillance, centaines de policiers supplémentaires… Mais aussi des narchomicides qui continuent et des atteintes aux personnes en hausse. Alors, où en est-on vraiment ?
Cet article fait le point — chiffres à l'appui — sur la sécurité à Marseille en 2026. Quartiers à surveiller, mesures concrètes, enjeux des municipales : vous saurez tout en moins de 10 minutes.
Les chiffres de la délinquance à Marseille : une tendance à la baisse
Commençons par ce que disent les données. Pas les ressentis, pas les anecdotes de comptoir. Les chiffres officiels.
Une baisse globale confirmée
En 2025, la délinquance générale à Marseille a reculé de 4,1 % par rapport à 2024, selon les chiffres de la préfecture de police. Sur certains indicateurs, la chute est spectaculaire :
- Violences en réunion : −63 %
- Violences avec arme : −69 %
- Agressions sexuelles : −54 %
- Vols à main armée : −47 %
- Pickpockets : −16 %
- Cambriolages : −12 %
En centre-ville (l'hypercentre), la délinquance globale a plongé de 12,7 %. Ce n'est pas anodin : c'est la zone la plus fréquentée par les touristes et les habitants du quotidien.
Mais tout n'est pas rose
Un chiffre vient gâcher le tableau. Les atteintes aux personnes — comprenez les agressions physiques directes — ont augmenté de 3,9 %. Pire : les menaces de violence grimpent de 11,5 %.
Autrement dit, il y a globalement moins de délits. Mais ceux qui restent sont plus violents, plus directs. C'est le paradoxe de la sécurité à Marseille en 2026.
Et ce paradoxe a un nom. Il tient en un mot que tout le monde connaît ici.
Narcotrafic : le cœur du problème de sécurité à Marseille
Le narcotrafic n'est pas un problème de sécurité à Marseille. C'est le problème. Celui dont découlent la majorité des règlements de comptes, des fusillades et des homicides.
Des narchomicides en baisse, mais toujours présents
Les chiffres sont éloquents :
| Année | Homicides liés au trafic |
|---|---|
| 2023 | 49 morts |
| 2024 | 24 morts |
| 2025 | ~17 morts (−30 %) |
La tendance est clairement à la baisse. Mais derrière ces statistiques, il y a des faits divers glaçants. Le 13 novembre 2025, Mehdi Kessaci, à peine la vingtaine, a été abattu par un commando à moto. Le 1er janvier 2026, un corps calciné a été retrouvé dans le coffre d'une voiture brûlée dans le 15e arrondissement.
Ces événements rappellent une réalité : le trafic de drogue à Marseille reste une guerre de territoires. Moins de morts qu'en 2023, certes. Mais chaque victime est une de trop.
Les points de deal en net recul
Voici une statistique qui mérite qu'on s'y arrête. Le nombre de points de deal à Marseille est passé de 181 en 2021 à 89 en 2025. Presque divisé par deux.
Comment ? Grâce à un travail de fond mené conjointement par la police nationale, la gendarmerie et — de plus en plus — la coopération internationale. Les saisies parlent d'elles-mêmes :
- Cocaïne saisie : 1 161 kg en 2025, soit +254 % par rapport aux années précédentes
- Drogues de synthèse : 215 kg, soit +856 %
Ce ne sont pas des chiffres anecdotiques. Ils montrent que l'étau se resserre sur les réseaux. Mais ils montrent aussi autre chose : l'ampleur colossale du trafic qui transitait — et transite encore — par la cité phocéenne.
La loi narcotrafic : un tournant ?
En juin 2025, une loi narcotrafic a été promulguée au niveau national. Elle prévoit notamment :
- Des mesures renforcées contre le blanchiment d'argent
- La création du Pnaco (Parquet national anticriminalité organisée), opérationnel depuis janvier 2026
- Des moyens juridiques élargis pour infiltrer les réseaux
Emmanuel Macron a même convoqué une réunion au sommet à l'Élysée fin 2025, spécifiquement sur la situation à Marseille. Le message est clair : le narcotrafic marseillais est devenu une affaire d'État.
Mais les lois, c'est une chose. Sur le terrain, ce sont les policiers qui font la différence. Et justement, parlons-en.
Sécurité à Marseille : les moyens déployés sur le terrain
La ville n'a jamais compté autant de forces de l'ordre. C'est un fait. Mais est-ce suffisant ?
Une police municipale en pleine expansion
Imaginez : en 2020, Marseille comptait 422 policiers municipaux. En mars 2025, ils étaient 613. L'objectif affiché pour 2026 : 800 agents. C'est une augmentation de 90 % en six ans.
Concrètement, de nouvelles bases de police municipale ont été ouvertes :
- Base de Plombières — pour couvrir le nord de la ville
- Base de Vallier et antenne de la Canebière — pour le centre-ville
- Base sud à Haïfa — pour les quartiers sud
L'idée est simple : rapprocher les policiers des habitants. Moins de temps de trajet, plus de temps de patrouille. C'est ce qu'on appelle la police de proximité — un concept ancien, mais qui revient en force.
25 policiers nationaux en renfort
En 2025, la division centre de Marseille a accueilli 25 policiers nationaux supplémentaires, intégrés à des brigades spécialisées. S'y ajoute une compagnie de CRS d'environ 60 agents, déployée en permanence.
C'est significatif. Mais comparé à une ville de 870 000 habitants, étalée sur 240 km², certains estiment que c'est encore insuffisant. D'où les propositions chocs des candidats aux municipales — on y vient dans un instant.
La vidéosurveillance : l'autre pilier de la sécurité à Marseille
Si les policiers sont les yeux de la rue, les caméras sont ceux qui ne dorment jamais.
En 2020, Marseille comptait environ 1 500 caméras de vidéosurveillance. Fin 2025, ce chiffre atteint 2 000. Et l'objectif est d'arriver à 2 200 caméras d'ici 2027, avec une autorisation de l'État pour 300 nouvelles installations entre 2026 et 2027.
Les zones prioritaires : Belsunce, Porte d'Aix, et l'ensemble du centre-ville — là où la délinquance de rue est la plus visible.
Mais attention : plus de caméras ne signifie pas automatiquement plus de sécurité. Un rapport a révélé que jusqu'à 30 % des caméras étaient inutilisées à Marseille, faute de personnel pour les surveiller ou de maintenance adéquate. La ville a depuis revu entièrement sa stratégie de vidéoprotection.
C'est un point crucial. La technologie ne vaut rien sans les humains pour l'exploiter.
Quartiers sensibles : la carte de la sécurité à Marseille
Tous les quartiers de Marseille ne se valent pas en matière de sécurité. C'est une évidence pour les habitants. C'est aussi ce que disent les données.
Les zones les plus concernées
Les arrondissements nord — le 13e, 14e, 15e et 16e — concentrent près de 50 % des crimes violents de la ville. Les quartiers régulièrement cités comme sensibles :
- Félix Pyat (3e arrondissement) — longtemps considéré comme l'un des plus dangereux de France
- La Castellane (16e) — célèbre cité des quartiers nord
- Malpassé (13e) — touchée par le trafic et les violences associées
- La Cayolle (9e) — au sud, mais tout aussi concernée
- Belsunce (1er) — en plein centre, point névralgique historique
Des quartiers qui se transforment
La bonne nouvelle ? Certains de ces quartiers enregistrent des baisses significatives. Le 13e arrondissement affiche une baisse de 4 % de la délinquance. Le 3e arrondissement, −2 %.
Des patrouilles quotidiennes, des caméras et — surtout — des programmes de rénovation urbaine contribuent à changer la donne. Quand on rénove un quartier, on casse les architectures qui favorisent le repli, les impasses, les zones grises où le trafic prospère.
Mais cette transformation prend du temps. Des années. Des décennies, parfois. Et les élections municipales de 2026 pourraient accélérer — ou freiner — le mouvement.
Municipales 2026 : la sécurité au cœur de la campagne à Marseille
À quelques semaines du premier tour, la sécurité à Marseille est LE sujet numéro un de la campagne. Chaque candidat y va de sa promesse. Décryptage.
Les principales propositions
| Candidat | Parti | Promesse police municipale | Mesure phare |
|---|---|---|---|
| Benoît Payan (sortant) | PS | 1 600 agents d'ici 2033 | Création d'une « police de la propreté » |
| Martine Vassal | DVD | 1 500 agents | Création d'une BAC municipale + état-major anti-violence |
| Franck Allisio | RN | 2 000 agents | Plan sécurité à 100 millions d'euros |
Que faut-il en penser ?
Trois remarques s'imposent.
Premièrement, tous les candidats misent sur l'augmentation massive des effectifs. De 800 aujourd'hui à 1 500, voire 2 000. C'est ambitieux. Mais recruter des policiers municipaux, c'est long : formation, équipement, intégration. Les promesses à horizon 2033 sont plus réalistes que celles à court terme.
Deuxièmement, la proposition de Martine Vassal de créer une BAC municipale (Brigade anti-criminalité au niveau municipal) est inédite. Elle soulève des questions juridiques : jusqu'où une police municipale peut-elle aller dans la répression ?
Troisièmement, le plan à 100 millions d'euros du RN pose la question du financement. Marseille est déjà une ville lourdement endettée. D'où viendrait l'argent ?
Au-delà des promesses, ce qui compte, c'est la continuité des efforts. La baisse de la délinquance observée en 2024-2025 n'est pas le fruit du hasard : c'est le résultat de politiques lancées il y a plusieurs années.
Comment améliorer sa sécurité au quotidien à Marseille
La sécurité, ce n'est pas que l'affaire de la police. C'est aussi une question de bon sens et de vigilance individuelle.
Les bons réflexes à adopter
- Évitez d'exhiber vos objets de valeur (téléphone, bijoux) dans les zones très fréquentées, notamment autour du Vieux-Port et de la Canebière
- Privilégiez les rues éclairées le soir, surtout dans les quartiers moins touristiques
- Utilisez les transports en commun aux heures de pointe plutôt que tard le soir
- Signalez les comportements suspects via le 17 ou l'application dédiée de la ville
- Renseignez-vous sur les quartiers avant de vous y rendre, surtout si vous êtes nouveau dans la ville
Les ressources utiles
- Le site officiel de la vidéoprotection urbaine de Marseille
- Le portail Vigilance 13 pour les données par quartier
- Les données du Ministère de l'Intérieur sur l'insécurité et la délinquance
Marseille en 2026 : entre espoir et vigilance
Résumons. La sécurité à Marseille s'améliore. Les chiffres le prouvent : moins de délits, moins de points de deal, moins de narchomicides qu'il y a trois ans. Les moyens humains et technologiques n'ont jamais été aussi importants.
Mais — et c'est un « mais » de taille — le narcotrafic reste profondément enraciné. Les violences interpersonnelles augmentent. Et certains quartiers vivent encore dans une insécurité quotidienne que les statistiques globales ne capturent pas.
La vraie question n'est pas « Marseille est-elle sûre ? ». C'est plutôt : « Marseille va-t-elle dans la bonne direction ? »
Les données disent oui. Les habitants attendent de voir. Et les élections municipales de 2026 seront, à ce titre, un verdict populaire sur les politiques de sécurité menées ces dernières années.
Une chose est certaine : Marseille ne ressemble plus à la ville de 2023 où l'on comptait 49 morts liés au trafic en un an. Le chemin est encore long. Mais le mouvement est enclenché.
Sources :
- Sécurité, logement et écoles au cœur de la bataille des municipales 2026 à Marseille – France 3 Régions
- Délinquance à Marseille 2025 : Les Quartiers qui Renforcent leur Sécurité – Vigilance 13
- Le plan à 100 millions d'euros du RN pour la sécurité à Marseille – France Bleu
- Municipales 2026 : Martine Vassal veut créer un état-major de l'anti-violence – Europe 1
- Déploiement des caméras de surveillance à Marseille – France Bleu
- La délinquance baisse à Marseille en 2025, mais les atteintes aux personnes augmentent – France Bleu
- L'État défend son bilan contre le narcotrafic à Marseille – Made in Marseille
- Plus de 2 000 caméras de vidéosurveillance à Marseille d'ici fin 2026 – Made in Marseille
- Insécurité et délinquance en 2025 – Ministère de l'Intérieur
- Marseille : la ville revoit sa stratégie de vidéosurveillance – Europe 1



